L'atelier d'écriture (3)

Publié le par Nema Revi

« […] puis le bruit décroissant, s'amenuisant, s'éteignant, laissant de nouveau place au silence, à la paix nocturne où claquaient encore, de plus en plus espacées, les dernières gouttes, puis, quoiqu'il n'y eût pas un souffle, tout un arbre sans doute comme s'ébrouant, frissonnant, toutes ses feuilles déversant une brusque et ultime pluie, puis quelques gouttes encore, groupées, puis, un long moment après, une autre – puis plus rien. »

Claude Simon, L'Herbe, Les Editions de Minuit, coll. Double, 1986, p.184 (ce sont les dernières lignes du roman).

 

Le fragment de texte cité pourrait être une amorce d'écriture dans une séance de l'atelier. Il s'agit de se saisir d'un événement en cours dans le monde réel – la fin d'un orage dans le récit de Claude Simon – pour donner son rythme et son objet à une écriture. Noter l'ensemble des sensations perçues, sans souci d'ordonner une quelconque description, mais avec précision, en s'emparant du détail comme d'un morceau du réel en gros plan. Assembler ces notations en s'efforçant de restituer la durée, la vitesse des phénomènes survenus par des fragments de phrases séparés par des traits, plutôt que d'utiliser la ponctuation traditionnelle.

On remarquera dans l'extrait cité de Claude Simon, l'emploi de participes présents qui établissent une présence comme dilatée de ce qui advient tout au long de la séquence, tandis que la scansion des virgules suspend des pauses jusqu'au silence final.

On peut ainsi découvrir le champ d'une écriture poétique.

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