L'atelier d'écriture (2)
Très souvent, au cours d'une séance d'un atelier d'écriture, on est amené à relire un texte que l'on a écrit d'un premier jet, fût-il une simple liste de mots, pour le réduire, parfois de façon drastique en en conservant que dix termes, par exemple, librement choisis ou sélectionnés de manière aléatoire, ou en le condensant en une phrase d'une ligne, là où le propos s'étirait sur une demi-page. Inversement, il arrive aussi qu'une expansion soit proposée et qu'une simple expression germe et prolifère au bout de la plume ou du stylo.
Ces opérations de soustraction ou d'addition sont dérangeantes mais stimulantes, car leurs résultats sont généralement imprévisibles, et surtout elles inaugurent un questionnement - ou du moins le rendent conscient - : pourquoi ce mot -ci ? et pourquoi pas celui-là ? Quelle relation a-t-il avec cet autre ? pourquoi cette phrase ? pourquoi cet ordonnancement ?... Ainsi, nous saisissons que quiconque écrit accomplit un travail d'élaboration complexe en opérant des choix et des réajustements, en intervenant sur le surgissement du texte après des décisions soigneusement réfléchies. C'est bien toujours de bricolage qu'il s'agit, comme nous l'avions déjà pressenti ici-même, dans L'atelier d'écriture (1), dans la mesure où cette démarche d'écriture n'obéit pas à des règles définies a priori mais s'essaie de façon empirique. On dirait qu'elle tente sa chance. Elle se tente elle-même et se découvre d'un même mouvement sur la page.
Que se passe-t-il entre le premier texte et sa réécriture ? Ce n'est pas une affaire d'amélioration. On ne pourrait parler d'amélioration que dans le cas où les deux textes répondraient à la même commande, ce qui n'est pas le cas des exemples que nous avons pris. Les deux "exercices" d'écriture étaient différents, le second réutilisait le matériau du premier. Nous sommes confrontés à deux états héterogènes d'un texte. Cependant, on peut préférer un texte à l'autre, et pas forcément le second si la frustration engendrée par la rature est trop forte ou si l'invasion lexicale altère l'acuité du propos initial. Ce qui est intéressant, donc, est bien plutôt ce qui se joue entre les deux textes, et que manifeste le questionnement que nous avons décrit. En réécrivant, on peut comprendre qu'en décidant d'écrire, il s'agit moins de vouloir s'exprimer que de dégager sa langue, sa voix, du langage tout-venant - et qu'il ne s'agit surtout pas d'apprendre à écrire une langue toute faite qu'il faudrait correctement maîtriser - .
Cependant, ce questionnement produit un autre effet lorsque celui qui écrit se fait lecteur, - dans un atelier d'écriture, on lit, ou on écoute lire, les textes écrits par les autres participants - . En se faisant lecteur, il réalise que les choix d'écriture opérés dans le texte lu peuvent être soumis aux mêmes questions et sont ceux-là mêmes qui permettent, ou pas, de déplacer les mots depuis le territoire individuel jusqu'à l'espace commun des lecteurs.
Il y a donc deux mouvements : une sortie hors de la langue commune et un accès, par la voix individuelle particulière qui se forge, à toutes les voix singulières qui se font entendre.
Ces opérations de soustraction ou d'addition sont dérangeantes mais stimulantes, car leurs résultats sont généralement imprévisibles, et surtout elles inaugurent un questionnement - ou du moins le rendent conscient - : pourquoi ce mot -ci ? et pourquoi pas celui-là ? Quelle relation a-t-il avec cet autre ? pourquoi cette phrase ? pourquoi cet ordonnancement ?... Ainsi, nous saisissons que quiconque écrit accomplit un travail d'élaboration complexe en opérant des choix et des réajustements, en intervenant sur le surgissement du texte après des décisions soigneusement réfléchies. C'est bien toujours de bricolage qu'il s'agit, comme nous l'avions déjà pressenti ici-même, dans L'atelier d'écriture (1), dans la mesure où cette démarche d'écriture n'obéit pas à des règles définies a priori mais s'essaie de façon empirique. On dirait qu'elle tente sa chance. Elle se tente elle-même et se découvre d'un même mouvement sur la page.
Que se passe-t-il entre le premier texte et sa réécriture ? Ce n'est pas une affaire d'amélioration. On ne pourrait parler d'amélioration que dans le cas où les deux textes répondraient à la même commande, ce qui n'est pas le cas des exemples que nous avons pris. Les deux "exercices" d'écriture étaient différents, le second réutilisait le matériau du premier. Nous sommes confrontés à deux états héterogènes d'un texte. Cependant, on peut préférer un texte à l'autre, et pas forcément le second si la frustration engendrée par la rature est trop forte ou si l'invasion lexicale altère l'acuité du propos initial. Ce qui est intéressant, donc, est bien plutôt ce qui se joue entre les deux textes, et que manifeste le questionnement que nous avons décrit. En réécrivant, on peut comprendre qu'en décidant d'écrire, il s'agit moins de vouloir s'exprimer que de dégager sa langue, sa voix, du langage tout-venant - et qu'il ne s'agit surtout pas d'apprendre à écrire une langue toute faite qu'il faudrait correctement maîtriser - .
Cependant, ce questionnement produit un autre effet lorsque celui qui écrit se fait lecteur, - dans un atelier d'écriture, on lit, ou on écoute lire, les textes écrits par les autres participants - . En se faisant lecteur, il réalise que les choix d'écriture opérés dans le texte lu peuvent être soumis aux mêmes questions et sont ceux-là mêmes qui permettent, ou pas, de déplacer les mots depuis le territoire individuel jusqu'à l'espace commun des lecteurs.
Il y a donc deux mouvements : une sortie hors de la langue commune et un accès, par la voix individuelle particulière qui se forge, à toutes les voix singulières qui se font entendre.
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