Ecrire au plus juste

Publié le par Nema Revi

       On croit d'abord que les descriptions font voir le monde, celui qu'elles détaillent. Puis on doute de la fidélité, de l'exactitude, de la possibilité même de l'entreprise. C'est peut-être un faux procès que l'on fait à la littérature car ces images que les mots suggèrent si elles couvrent êtres et choses et brouillent leurs contours, néanmoins font apparaître comme le fantôme de ce qui fut et qui se livre désormais dans son mystère - l'infinie complexité de l'énigme qu'il est vraiment - à notre interrogation incessante.
     "Ma vie est dominée par un fantôme, il se dessine vaguement au moindre mot qui le provoque (...)". ainsi commence Le Lys dans la vallée, sur le tremblement d'une blancheur qui défie la page et se déploie en volutes amoureux, "point blanc" d'une robe, ligne ronde d'épaules, éclat d'une étoile, "délicieuse correspondance par le détail d'un bouquet" où s'épanche tout un jardin  . La justesse de ce mouvement radieux épouse l'ombre d'Eurydice, la grâce même.
       Ecrire au plus juste, ce n'est pas écrire l'évidence. Et l'évidence n'est pas l'apparition.
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