15 juin 2009
"Et puis, quand nous réclamons quelque chose de cette personne, nous recevons d'elle une lettre où même de la personne il reste très peu, comme dans les lettres de l'algèbre il ne reste plus la détermination des chiffres de l'arithmétique, lesquels déjà ne contiennent plus les qualités des fruits ou des fleurs additionnés. Et pourtant, "amour", "être aimé", ses lettres, c'est peut-être tout de même des traductions (si insatisfaisant qu'il soit de passer de l'une à l'autre) de la même réalité, puisque la lettre ne nous semble insuffisante qu'en la lisant, mais que nous suons mort et passion tant qu'elle n'arrive pas, et qu'elle suffit à calmer notre angoisse, sinon à remplir avec ses petits signes noirs notre désir qui sent qu'il n'y a là tout de même que l'équivalence d'une parole, d'un sourire, d'un baiser, non ces choses mêmes."
Marcel Proust, Albertine disparue, Gallimard folio, 1972, p.54.
Marcel Proust, Albertine disparue, Gallimard folio, 1972, p.54.
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