De la lecture comme pratique chamanique
C'est une pratique de lecture apprise par un chaman, il y a déjà bien longtemps. C'était un chaman, sans nul doute, car il savait éveiller les esprits d'un livre. Des livres, il en apportait à chaque rencontre, il les sortait de son sac et les plaçait autour de lui. Puis il commençait à parler, d'une voix inégale qui cherchait déjà son souffle et qu'il savait moduler comme pour ménager, dans l'attente, les étonnantes découvertes qu'il voulait partager avec son auditoire.
Il abordait un ouvrage en indiquant un de ses motifs, pas un thème, plutôt une figure, au sens géométrique du terme, il ouvrait le livre et lisait une phrase d'où surgissaient, à sa voix, quelques mots qui se détachaient et doucement se mettaient en mouvement, appelaient à leur rencontre d'autres mots ailleurs dans le livre, une ligne filait. Un réseau subtil se tissait, bondissait vers un autre roman. Ces zones d'intensité découpées sur le territoire littéraire et reliées par d'invisibles galeries souterraines dessinaient la carte d'un voyage sans limite.
Un roman condensé en quelques mots ? Une histoire déployée en deux lignes ? Non, ce n'était pas une lecture par mots-clés, si utilisée aujourd'hui. Cela tenait plutôt de l'opération photographique qu'ont connue ceux qui étaient familiers du développement argentique, cet instant où la cristallisation de la lumière fait émerger du bain une figure inouïe que l'on reconnaît pourtant. C'était une lecture aussi effrayante que belle, le face à face pressenti d'Achab et de Moby Dick soudain exaucé, mis à vif. Et poursuivi.
Une telle lecture est humble, attentive. Elle nécessite une acuité extrême et une réceptivité aux ondes émises par le corps du texte. Mille chemins, des vitesses variables et la brûlure d'un désir.
Hommage à Gilles Deleuze
Il abordait un ouvrage en indiquant un de ses motifs, pas un thème, plutôt une figure, au sens géométrique du terme, il ouvrait le livre et lisait une phrase d'où surgissaient, à sa voix, quelques mots qui se détachaient et doucement se mettaient en mouvement, appelaient à leur rencontre d'autres mots ailleurs dans le livre, une ligne filait. Un réseau subtil se tissait, bondissait vers un autre roman. Ces zones d'intensité découpées sur le territoire littéraire et reliées par d'invisibles galeries souterraines dessinaient la carte d'un voyage sans limite.
Un roman condensé en quelques mots ? Une histoire déployée en deux lignes ? Non, ce n'était pas une lecture par mots-clés, si utilisée aujourd'hui. Cela tenait plutôt de l'opération photographique qu'ont connue ceux qui étaient familiers du développement argentique, cet instant où la cristallisation de la lumière fait émerger du bain une figure inouïe que l'on reconnaît pourtant. C'était une lecture aussi effrayante que belle, le face à face pressenti d'Achab et de Moby Dick soudain exaucé, mis à vif. Et poursuivi.
Une telle lecture est humble, attentive. Elle nécessite une acuité extrême et une réceptivité aux ondes émises par le corps du texte. Mille chemins, des vitesses variables et la brûlure d'un désir.
Hommage à Gilles Deleuze
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